Un peu d’amour, merde ! s’inscrit dans la continuité du travail que j’ai initié avec Le Monologue Culinaire, créé en 2023 et présenté au Festival Off d’Avignon en 2023, 2024 et 2025. Depuis, la pièce a connu une diffusion importante en France avec plus de cent représentations, permettant à la compagnie de structurer son activité autour de cette forme. Installé au Pays Basque depuis plus de dix ans, je me retrouve aujourd’hui dans un entre-deux:
entre un territoire que j’habite sans totalement m’y inscrire, et un autre que j’ai quitté mais qui continue de me traverser.
Ce décalage devient le point de départ de la recherche. Un peu d’amour, merde ! constitue ainsi la deuxième étape d’un cycle de création autour de l’identité, que j’envisage comme une trilogie de « pièces pour être oublié avant la crise de la quarantaine », où chaque projet tente de déplacer les formes et les questions précédentes.
Là où la première pièce passait par la cuisine et le récit du passé, celle-ci cherche à affronter le présent, dans son instabilité. Le projet est actuellement en phase d’écriture et de recherche, avec une volonté de création dans un temps resserré afin de préserver une forme d’urgence et de nécessité dans le processus.
NOTE D’INTENTION ARTISTIQUE
Le spectacle prend la forme d’un seul-en-scène hybride, à la croisée du théâtre, du stand-up et de la performance. Sur scène, je suis seul, avec un micro, un espace frontal et des éléments visuels ponctuels (images, vidéos) qui viennent dialoguer avec le récit sans en constituer l’ axe principal. La pièce part d’une situation simple : tenter d’habiter le présent. Sur scène, le récit se construit et se défait. Des fragments apparaissent : une maison hantée, des souvenirs de Monterrey, une séparation, des scènes du quotidien, des chansons, des tentatives de fiction. À mesure que le spectacle avance, la narration dérape, bifurque, échoue parfois. Cette instabilité devient le moteur même de l’écriture. J’ai choisi un dispositif volontairement minimaliste afin de privilégier la présence, l’adresse directe et la relation avec le public, mais aussi pour permettre une adaptation à différents lieux. L’écriture dramaturgique se construit à partir de fragments : récits personnels, digressions, moments d’adresse directe. Je ne cherche pas une linéarité classique, mais j’assume les ruptures, les hésitations et les détours comme matière centrale.
Le recours au stand-up introduit un rapport immédiat à la pensée et au public, où l’humour devient un outil pour traverser des questions intimes et politiques sans les figer. Le rire apparaît ici comme une manière de déplacer le regard et de rendre partageable ce qui, autrement, resterait difficile à formuler. Au cœur du projet, il y a une tension : continuer à être présent, à créer et à me relier aux autres dans un contexte marqué par la saturation du réel (la violence, la peur, la culpabilité) À travers cette pièce, j’articule plusieurs questions : qu’est-ce qu’habiter ? qu’est-ce que l’on hérite ? que transmet-on ? comment aimer dans un monde qui semble se refermer ? Ainsi, la scène devient pour moi un espace d’expérimentation où « devenir tout ce que je ne suis pas » apparaît comme une stratégie possible. Le spectateur n’est pas invité à suivre une histoire linéaire, mais à partager un moment de recherche, fragile et direct. Au fond, Un peu d’amour, merde ! est traversé par une demande simple et urgente : trouver, malgré tout, un espace où quelque chose du lien, de la présence et de la tendresse reste possible. Même si la forme est celle d’un seul-en-scène, le projet s’inscrit dans un travail accompagné, nourri par des regards extérieurs et des échanges au sein de la compagnie.